(Cette présentation fut rédigée en 2017 à l’occasion de la publication du cinquième numéro de la revue numérique Via Hermetica, consacré à la peinture de Louis Cattiaux. Elle accompagnait un recueil de notes réunies par Jeanne d’Hooghvorst. La revue a depuis cessé de paraître).
Probablement peu d’artistes dans l’histoire de la peinture demeurent aujourd’hui aussi méconnus que Louis Cattiaux, tant du grand public que des amateurs d’art. Cette discrétion contraste pourtant avec la place qu’il occupa dans les milieux artistiques de son temps. La critique remarqua son œuvre ; il fonda sa propre galerie d’art à Paris, autour d’un groupe de peintres et d’écrivains dont plusieurs sont aujourd’hui largement reconnus ; il consacra près de quinze années à l’étude des procédés des frères Van Eyck et des anciens maîtres, recherchant les secrets de la matière picturale et retrouvant un médium conférant à ses couleurs une stabilité, une translucidité et une profondeur remarquables. Il exposa aux côtés de Picasso, Utrillo, Matisse, Bonnard ou Rouault ; ses tableaux furent recherchés, notamment en Angleterre et aux États-Unis, et plusieurs de ses œuvres sont aujourd’hui conservées dans des collections publiques, notamment au Fonds national d’art contemporain ainsi que dans des musées américains.
Louis Cattiaux fut un créateur d’une rare singularité, dont l’œuvre exerça une profonde influence sur plusieurs chercheurs et écrivains, au premier rang desquels Emmanuel d’Hooghvorst.
Écrivain autant que peintre, il est l’auteur des Poèmes du Fainéant (1945), des Poèmes d’avant (1930), des Poèmes alchimiques (1946-47), des Poèmes tristes (1949), des Poèmes de la Résonance, des Poèmes zen, du Poème de la Connaissance, puis des Litanies hermétiques, des Acrostiches du « MERCURE » et d’un Conte sur l’humilité. Il est également auteur de deux œuvres : l’essai Physique et métaphysique de la peinture et, surtout, du Message Retrouvé, ouvrage auquel il consacra les douze dernières années de sa vie et qui fut publié intégralement en 1956, trois ans après sa disparition.
Parallèlement à son œuvre littéraire, Cattiaux participa activement à la vie artistique parisienne. En 1935, il fonda le mouvement transhyliste, réunissant autour de lui des poètes tels que Louis de Gonzague Frick et Jules Supervielle, ainsi que plusieurs peintres, parmi lesquels Jean Lafon, Pierre Ino et Jean Marembert. Il poursuivit ensuite une recherche hermétique d’une grande intensité jusqu’à la fin de sa vie. De cette période subsistent également de nombreux dessins, des esquisses, ainsi qu’une remarquable série de compositions symboliques inspirées des douze premiers livres du Message Retrouvé. Il faut encore mentionner les magnifiques bois gravés qu’il réalisa pour illustrer Ariston, le recueil poétique de son ami André Guilliot.
Chez Cattiaux, peinture et écriture procèdent d’une même inspiration. Le lecteur attentif du Message Retrouvé reconnaîtra dans bien des versets une véritable vision picturale, tandis que l’observateur de ses tableaux découvrira un langage symbolique qui relève pleinement de la tradition hermétique.
Son œuvre picturale se distingue par une matière lumineuse d’une qualité exceptionnelle, obtenue grâce à un médium dont il avait retrouvé le secret à force de recherches. Les couleurs y acquièrent une profondeur, une transparence et un relief qui confèrent à ses tableaux une présence singulière. Comme l’écrivait très justement Nord Littoral le 26 octobre 1946 : « Sa moindre toile est non seulement un objet très précieux, mais encore un pentacle où se peuvent déchiffrer les choses cachées. » Toute son œuvre témoigne ainsi d’une même ambition : mettre la plastique au service de l’idée.
Le présent dossier propose un parcours à travers l’œuvre du peintre hermétique. Le lecteur y trouvera une sélection d’extraits de Physique et métaphysique de la peinture, choisie par Emmanuel d’Hooghvorst, qui fut l’un des premiers à reconnaître toute la portée de cette œuvre. S’y ajoutent le poème Ordo ab Chao, composé par Emmanuel d’Hooghvorst à l’occasion de l’édition espagnole de cet essai, ainsi que le texte de présentation rédigé par Cattiaux lui-même.
Enfin, nous avons réuni plusieurs articles et coupures de presse publiés de son vivant. Ces témoignages permettent de mesurer la manière dont son œuvre fut perçue par ses contemporains. Chaque extrait est accompagné de l’une de ses peintures, offrant ainsi un aperçu de la richesse et de la diversité de sa création.
Puissent ces pages contribuer, à leur mesure, à faire mieux connaître l’œuvre d’un artiste dont la renommée est demeurée plus discrète que celle de plusieurs de ses amis — Coutaud, Chaissac, Ino, Marembert ou Rouault — mais dont la profondeur et l’originalité méritent pleinement d’être redécouvertes.
Jeanne d’Hooghvorst
(2017)